Conférencier :

Nicolas Bourriaud, directeur de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris « L’oeuvre d’art à l’ère des hétérochronies ».

L’œuvre d’art à l’ère des hétérochronies. La problématique centrale de l’art contemporain semble être l’organisation du multiple : les relations prédominent sur les objets, l’arborescence sur les points, le passage sur la présence… Prises dans des contextes dynamiques, les formes tendent ainsi à secréter des récits et à revisiter l’Histoire sous l’angle de ce « sauvetage » dont Walter Benjamin indiquait la nécessité.


Cet événement s’inscrit dans le cadre du 
Cycle de conférences et de conversations 
L’art contemporain entre le temps et l’histoire,
du 16 janvier au 23 mai 2012.


Description du cycle de conférences :

Depuis la fin des années 1980, l’art contemporain s’est largement tourné vers la question de l’histoire pour interroger les composantes de la notion moderne d’historicité : la gestion de l’archive à des fins de preuve ; le récit historique de nature téléologique ; les inclus et les exclus de l’histoire ; l’oubli, la mémoire ; l’idée de progrès. Ce faisant, l’art contemporain a rétabli mais aussi profondément modifié le genre apparemment désuet de la peinture d’histoire. Comme le notait récemment l’historien Perry Anderson, ce tournant peut paraître surprenant dans une période où le postmodernisme s’est spécifiquement institué en oubliant de penser historiquement. Mais le tournant a été productif. Son questionnement a donné lieu à une réflexion importante sur ce que l’historien Michel de Certeau désignait comme « l’impensé » de la discipline historique : la dimension temporelle de l’histoire. Qu’en est-il de cette temporalité ? Comment l’art contemporain, dans son intérêt renouvelé pour l’histoire, articule-t-il la relation entre le passé, le présent et le futur ? Comment cette articulation est-elle conditionnée par les temporalités actuelles de l’accélération, du présentisme, de la compression de l’espace-temps et de la mondialisation ? Qu’en est-il du concept de « progrès », au fondement même du régime d’historicité moderne, une fois qu’il a été vidé de son contenu ? Ces questions sont au cœur de L’art contemporain entre le temps et l’histoire, un cycle de conférences et de conversations qui vise à regrouper chercheurs, historiens de l’art, artistes et philosophes autour de l’exploration esthétique du temps par laquelle l’art contemporain se préoccupe d’histoire. L’art contemporain produit, performe et représente des formes temporelles inédites sur lesquelles se pencheront les différents conférenciers, telles que : la durée discontinue ; la suspension du passage du temps (ce que le philosophe Yuval Dolev désigne comme « le devenir présent d’événements futurs et puis leur devenir passé ») ; l’appropriation recombinante de récits historiques ; l’anachronisme, l’uchronisme et le parachronisme ; l’improductif ; la mise en ruine ; la simultanéité. Ce cycle est une occasion unique de réflexion sur la façon dont l’art contemporain se tient entre le temps et l’histoire pour renouveler notre compréhension de notre condition historique.


Sous la direction de :

Christine Ross (Chaire James McGill en histoire de l’art contemporain, Université McGill), 

en collaboration avec :

Marie Fraser (Conservatrice en chef et directrice de l’éducation, Musée d’art contemporain de Montréal) 
François LeTourneux (Conservateur adjoint, Musée d’art contemporain de Montréal)