Conférenciers  :

Amanda Boetzkes, professeure d’histoire de l’art à l’École des beaux-arts et de musique de l’Université de Guelph

La plasticité dans un temps écologique. Cette présentation examine le souci actuel de l’art contemporain pour les scènes d’accumulation plastique, en se penchant particulièrement sur la relation entre les plastiques et la « plasticité ». Pour Hegel, le concept de plasticité exprime la dialectique transformative du mouvement de l’histoire. Mais lorsque la plasticité est confrontée aux scènes d’accumulation plastique excessive, elle devient l’antithèse du temps malléable et transposable. Les plastiques évoquent alors la préservation infinie du contemporain dans une posthistoire sublime et étrangère, annonçant ainsi un paysage cristallisé au-delà du temps. Comment l’écologie peut-elle éclairer cette inversion de la plasticité en son contraire?

Mark A. Cheetham, professeur d’histoire de l’art au Département des beaux-arts de l’Université de Toronto

Les générations et le genre du Land Art. Le Land Art et le Earth Art sont avec nous depuis seulement cinquante ans, mais l’histoire de ces pratiques est dense et de plus en plus importante. Quelles sont les temporalités de cette histoire? Cette communication s’attarde aux continuités et discontinuités entre, d’une part, les itérations traditionnelles du « paysage » et du « Land Art » (comme genres ou « médiums ») et, d’autre part, l’ouverture des descriptions plus récentes des pratiques artistiques naturelles telles que l’« EcoArt » et « l’art écologique ». Les catégories contemporaines s’associent-elles aux pratiques historiques de façon productive? Cette présentation se penche également sur la contribution continue de la génération d’artistes du Land Art actifs depuis les années 60.


Cet événement s’inscrit dans le cadre du 
Cycle de conférences et de conversations 
L’art contemporain entre le temps et l’histoire,
du 16 janvier au 23 mai 2012.


Description du cycle de conférences :

Depuis la fin des années 1980, l’art contemporain s’est largement tourné vers la question de l’histoire pour interroger les composantes de la notion moderne d’historicité : la gestion de l’archive à des fins de preuve ; le récit historique de nature téléologique ; les inclus et les exclus de l’histoire ; l’oubli, la mémoire ; l’idée de progrès. Ce faisant, l’art contemporain a rétabli mais aussi profondément modifié le genre apparemment désuet de la peinture d’histoire. Comme le notait récemment l’historien Perry Anderson, ce tournant peut paraître surprenant dans une période où le postmodernisme s’est spécifiquement institué en oubliant de penser historiquement. Mais le tournant a été productif. Son questionnement a donné lieu à une réflexion importante sur ce que l’historien Michel de Certeau désignait comme « l’impensé » de la discipline historique : la dimension temporelle de l’histoire. Qu’en est-il de cette temporalité ? Comment l’art contemporain, dans son intérêt renouvelé pour l’histoire, articule-t-il la relation entre le passé, le présent et le futur ? Comment cette articulation est-elle conditionnée par les temporalités actuelles de l’accélération, du présentisme, de la compression de l’espace-temps et de la mondialisation ? Qu’en est-il du concept de « progrès », au fondement même du régime d’historicité moderne, une fois qu’il a été vidé de son contenu ? Ces questions sont au cœur de L’art contemporain entre le temps et l’histoire, un cycle de conférences et de conversations qui vise à regrouper chercheurs, historiens de l’art, artistes et philosophes autour de l’exploration esthétique du temps par laquelle l’art contemporain se préoccupe d’histoire. L’art contemporain produit, performe et représente des formes temporelles inédites sur lesquelles se pencheront les différents conférenciers, telles que : la durée discontinue ; la suspension du passage du temps (ce que le philosophe Yuval Dolev désigne comme « le devenir présent d’événements futurs et puis leur devenir passé ») ; l’appropriation recombinante de récits historiques ; l’anachronisme, l’uchronisme et le parachronisme ; l’improductif ; la mise en ruine ; la simultanéité. Ce cycle est une occasion unique de réflexion sur la façon dont l’art contemporain se tient entre le temps et l’histoire pour renouveler notre compréhension de notre condition historique.


Sous la direction de :

Christine Ross (Chaire James McGill en histoire de l’art contemporain, Université McGill), 

en collaboration avec :

Marie Fraser (Conservatrice en chef et directrice de l’éducation, Musée d’art contemporain de Montréal) 
François LeTourneux (Conservateur adjoint, Musée d’art contemporain de Montréal)