Conversation :

Conversation entre Olivia Boudreau, artiste visuelle vivant et travaillant à Montréal, et Christine Ross, Chaire James McGill et professeure d’histoire de l’art au Département d’histoire de l’art et d’études en communication de l’Université McGill. 

Depuis les années 90, l’art contemporain a été particulièrement innovateur dans son exploration de procédés esthétiques de « suspension du temps » qui, paradoxalement, rendent le passage du temps (« le devenir présent d’événements futurs et puis leur devenir passé ») palpable dans l’image. La suspension temporelle est produite par une variété de procédés, incluant : la fixation quasi-photographique de l’image en mouvement; sa mise en ruine; son interminable recombinaison; le blocage de l’avancée du corps en mouvement dans l’image; et la dépréciation de la linéarité narrative. Ces explorations ont complexifié l’expérience perceptuelle du spectateur et, ce faisant, son expérience du temps. Cette conversation se penche sur une des dimensions les plus significatives de l’esthétique de la temporalité suspendue : sa capacité à générer de la durée et à transformer le temps historique hérité de la modernité. Une attention particulière sera donnée aux installations vidéo d’Olivia Boudreau où le passage temporal mine le futurisme du régime moderne d’historicité — son articulation progressive du passé, du présent et du futur, où le futur est constitué par la dévalorisation du passé et l’effacement du présent. Ces œuvres présentifient le régime moderne d’historicité en activant le passé dans le présent pour lui permettre de conditionner le futur dans ce processus même.


Cet événement s’inscrit dans le cadre du 
Cycle de conférences et de conversations 
L’art contemporain entre le temps et l’histoire,
du 16 janvier au 23 mai 2012.


Description du cycle de conférences :

Depuis la fin des années 1980, l’art contemporain s’est largement tourné vers la question de l’histoire pour interroger les composantes de la notion moderne d’historicité : la gestion de l’archive à des fins de preuve ; le récit historique de nature téléologique ; les inclus et les exclus de l’histoire ; l’oubli, la mémoire ; l’idée de progrès. Ce faisant, l’art contemporain a rétabli mais aussi profondément modifié le genre apparemment désuet de la peinture d’histoire. Comme le notait récemment l’historien Perry Anderson, ce tournant peut paraître surprenant dans une période où le postmodernisme s’est spécifiquement institué en oubliant de penser historiquement. Mais le tournant a été productif. Son questionnement a donné lieu à une réflexion importante sur ce que l’historien Michel de Certeau désignait comme « l’impensé » de la discipline historique : la dimension temporelle de l’histoire. Qu’en est-il de cette temporalité ? Comment l’art contemporain, dans son intérêt renouvelé pour l’histoire, articule-t-il la relation entre le passé, le présent et le futur ? Comment cette articulation est-elle conditionnée par les temporalités actuelles de l’accélération, du présentisme, de la compression de l’espace-temps et de la mondialisation ? Qu’en est-il du concept de « progrès », au fondement même du régime d’historicité moderne, une fois qu’il a été vidé de son contenu ? Ces questions sont au cœur de L’art contemporain entre le temps et l’histoire, un cycle de conférences et de conversations qui vise à regrouper chercheurs, historiens de l’art, artistes et philosophes autour de l’exploration esthétique du temps par laquelle l’art contemporain se préoccupe d’histoire. L’art contemporain produit, performe et représente des formes temporelles inédites sur lesquelles se pencheront les différents conférenciers, telles que : la durée discontinue ; la suspension du passage du temps (ce que le philosophe Yuval Dolev désigne comme « le devenir présent d’événements futurs et puis leur devenir passé ») ; l’appropriation recombinante de récits historiques ; l’anachronisme, l’uchronisme et le parachronisme ; l’improductif ; la mise en ruine ; la simultanéité. Ce cycle est une occasion unique de réflexion sur la façon dont l’art contemporain se tient entre le temps et l’histoire pour renouveler notre compréhension de notre condition historique.


Sous la direction de :

Christine Ross (Chaire James McGill en histoire de l’art contemporain, Université McGill), 

en collaboration avec :

Marie Fraser (Conservatrice en chef et directrice de l’éducation, Musée d’art contemporain de Montréal) 
François LeTourneux (Conservateur adjoint, Musée d’art contemporain de Montréal)