Le MAC est heureux de présenter en salle, du 19 mai au 30 octobre 2016, deux acquisitions faites récemment offrant des points de vue différents sur la musique et sur des formes autres d’orchestration visuelle. Ces installations ont été réalisées par Jean-Pierre Gauthier, artiste établi à Montréal et par Ryoji Ikeda, compositeur et artiste visuel japonais vivant à Paris.


Jean-Pierre Gauthier
Orchestre à géométrie variable,
2013-2014

« Les matériaux me conduisent vers les solutions. »

Jean-Pierre Gauthier est un artiste multidisciplinaire qui s’intéresse depuis plus de vingt ans aux qualités cinétiques et sonores des matériaux avec lesquels il développe ses installations. Entre ordre et chaos, permanence et fragilité, orchestration et conduite aléatoire, ses récents projets marquent un intérêt accru pour la composition musicale. L’œuvre intitulée Orchestre à géométrie variable est une installation programmable constituée de six murales sonores, à partir desquelles 19 compositions ont été développées, puisant dans un large registre de genres musicaux aux influences multiples.

Le réseau électronique développé pour chacune des murales découle d’un minutieux travail d’ingénieur. Non seulement une structure filaire en organigramme se déploie dans l’espace de manière à rendre lisible le schéma du fonctionnement de l’œuvre et ses divers niveaux hiérarchiques, mais aussi cette spatialisation du réseau respecte des préoccupations d’ordre sonore autant que graphique.

Chaque pièce de bois conçue et façonnée sur mesure pour les divers instruments de musique inventés résulte d’un travail consciencieux de lutherie. Ces éléments sculptés permettent de préciser la latitude sonore offerte par chaque instrument. S’ajoute à ce travail d’ingénieur, de luthier, de dessinateur et de musicien celui de compositeur, dans le cadre duquel l’orchestration des instruments doit être effective en vue de l’invention de partitions qui seront programmées pour une exécution autonome en contexte d’exposition.

La mécanisation des mouvements au moyen d’une programmation d’asservissements électromécaniques se traduit en frottements, en percussions et en glissandos. L’ordonnancement des événements sonores ainsi que la modulation de leurs fréquences et de leur intensité rendent possible une musicalité révélée le long d’un parcours ponctué d’essais, de modelage et d’inattendu. C’est ainsi que les sons deviennent des mélodies, que l’installation devient un orchestre et que son inventeur conjugue en une même œuvre les verbes d’action propres au plasticien, au compositeur et au chef conducteur.


Ryoji Ikeda
data.tron
2007

Photo de l'oeuvre de Ryoji Ikeda, data.tron, 2007

Ryoji Ikeda, data.tron, 2007
Projection vidéo, 6 min, en boucle, Dimensions variables
Collection du Musée d’art contemporain de Montréal
© Ryoji Ikeda / Avec l’aimable permission de la Gallery Koyanagi, Tokyo

Le monde d’aujourd’hui est ordonné au moyen d’informations encodées sous la forme de data. La pratique de Ryoji Ikeda se base spécifiquement sur l’organisation de celles-ci. Considérant que le mode opérationnel de notre ère numérique est structuré à partir d’une alternance infinie de 1 et de 0, cet artiste numérique a développé depuis 2006 une série intitulée datamatics, dans le cadre de laquelle il explore le potentiel de perception de ces informations habituellement invisibles qui pénètrent et traduisent diverses réalités de notre monde. Les data sont à la fois le sujet et le matériau à la base des sons et des images de ses projets. Les œuvres appartenant à cette série prennent la forme de concerts audiovisuels, d’installations, de cd et de publications.

L’œuvre data.tron s’inscrit dans la série datamatics. Elle consiste en une installation audiovisuelle composée à partir de trois catégories de données : des défaillances informatiques, des renseignements liés au séquençage du chromosome 11 et des nombres transcendantaux tels que e et pi.

Chaque pixel relève d’un travail de traduction de données structuré à partir de principes mathématiques. La projection permet de synthétiser ces informations et d’orchestrer visuellement les groupes de données choisies. Les images projetées sur un large écran, immersives et captivantes, font état de ce flux d’information circulant dans notre monde. Elles nous rappellent que les plus petites particules à la base de tout renseignement sont omniprésentes dans notre univers médiatique contemporain et que les informations qui le gouvernent sont infiniment divisibles.

data.tron teste les limites de notre perception en représentant sous la forme d’un paysage de données un monde qui est rarement traduit sous une forme matérielle. Cette installation dévoile aussi une forme de beauté mathématique, abstraite bien que paradoxalement représentative des mécanismes internes du code informatique. Elle rend visibles des flux de données normalement imperceptibles, suggérant une représentation alternative de la réalité, celle d’un monde que nous nous sommes fabriqué.