Depuis le milieu des années 1990, Jean-Pierre Gauthier propose des sculptures et des installations cinétiques dont le caractère inventif relève du pouvoir métaphorique qu’il accorde aux objets trouvés qui habitent son œuvre. Il joue de ces objets avec virtuosité, comme il le ferait d’instruments de musique et de composantes de captation sonore. Le son est d’ailleurs essentiel dans sa pratique qui concilie aussi performance, improvisation et composition. Le Musée lui a consacré un premier bilan critique en 2007 ; il possède également trois œuvres de Gauthier : deux pièces murales cinétiques – Marqueur d’incertitude (L’Araignée) et Marqueur d’incertitude (La Coquerelle), 2006 – et la sculpture/installation musicale Battements et papillons, 2006. Au sein de cette dernière, un piano solitaire réagit à l’arrivée du visiteur et entreprend de jouer pour lui. L’effet de surprise et d’émerveillement est immédiat. Malgré son revêtement étincelant, l’instrument nous est livré à nu, dévoilant le filage, le câblage et les mécanismes qui permettent et régissent sa prestation.

Il est à l’évidence de première importance pour le Musée d’inscrire au sein de sa Collection des œuvres fortes, témoignant de l’émergence et de la maîtrise de pratiques s’affirmant hors des voies des disciplines traditionnelles. Originale, pertinente, la démarche hybride de Jean-Pierre Gauthier propose une synthèse éblouissante des arts visuels, de l’art sonore et de l’art cinétique.

Orchestre à géométrie variable, 2013-2014, est une installation sonore, cinétique et immersive, qui a été présentée l’automne dernier à Montréal à la galerie B 312. Véritablement un haut moment de la saison artistique 2014, cette œuvre ambitieuse investit l’espace de la galerie d’une panoplie débridée d’éléments sculpturaux et muraux. Elle compte 19 compositions dont les titres concis témoignent d’un souffle musical unique : mentionnons par exemple Parfum d’Orient, Triste Soliste, Quasirock, Rush & Roule, Désynchronicité, Cymbales…, toutes inspirées par divers styles musicaux. L’œuvre relève en quelque sorte du dessin tridimensionnel et du renouvellement du langage musical. La structure de l’ensemble repose sur un dispositif méthodiquement régulé, un enchevêtrement rationalisé de réseaux de câbles audio, d’éléments électroniques et mécaniques et d’enceintes acoustiques. Jean-Pierre Gauthier a su transformer sa façon de travailler avec les outils de programmation et ainsi concerter des compositions sonores avec un orchestre nouveau, délibérément programmable.

L’acquisition de cette œuvre majeure a été rendue possible grâce au Programme de subventions d’acquisition du Conseil des Arts du Canada.

Josée Bélisle