Montréal, le 14 février 2017 – C’est avec fierté que le Musée d’art contemporain de Montréal présente les œuvres de deux artistes dont les pratiques témoignent avec finesse et pertinence de phénomènes sociaux d’une actualité brûlante : l’une élaborée dans un pays où la violence est endémique dans certaines villes et l’autre rendant compte d’aspects méconnus du reportage en zone de guerre. Pour sa première exposition muséale à grande échelle en Amérique du Nord, l’éminente artiste mexicaine Teresa Margolles propose Mundos, une exposition réunissant des œuvres dans lesquelles elle accorde la priorité à des groupes de la population laissés pour compte. L’installation Et maintenant regardez cette machine de l’artiste montréalais Emanuel Licha offre une incursion surprenante dans des « hôtels de guerre » au Moyen-Orient et en Europe, minutieusement fouillés par l’artiste à partir de points de vue rarement explorés. Du 16 février au 14 mai 2017, le MAC se fait ainsi le site d’une réflexion et d’une expérimentation en résonance avec des réalités du monde actuel.

TERESA MARGOLLES : RENDRE VISIBLES LES VIES INVISIBLES

Comptant parmi les artistes les plus importants du Mexique, Teresa Margolles élabore depuis plus de vingt ans une pratique engagée face à la violence qui ravage son pays et à l’existence des victimes sans voix. L’exposition du Musée regroupe une quinzaine d’œuvres créées pour la plupart au cours de la dernière décennie – installations sculpturales, sonores et photographiques, projections vidéo – au cœur desquelles figure La Promesa [La Promesse], une imposante sculpture prenant la forme d’un mur de 16 mètres sur lequel ont lieu des actions performatives. Appartenant au Museo Universitario Arte Contemporáneo de la Ville de Mexico, cette œuvre est réalisée in situ à partir des décombres pulvérisés d’une maison qui était située dans la ville frontalière de Ciudad Juárez. Symbole puissant d’une transmutation et évocateur des débats actuels sur la migration et les frontières, ce mur sera gratté par un groupe de personnes bénévoles qui, une à la fois et une heure par jour durant l’exposition, disperseront ainsi les fragments au sol.

Les œuvres de Margolles sont le résultat d’une réflexion inébranlable, humaniste et artistique, sur les conflits sociaux, les tragédies personnelles et la marginalisation.
̶  John Zeppetelli, directeur général et conservateur en chef du MAC

Ciudad Juárez est le cadre d’autres œuvres dans la présente exposition, notamment Pesquisas [Enquêtes], une œuvre murale de 30 grands portraits photographiques d’affiches de femmes disparues, et Sonidos de la muerte [Sons de la mort], pièce sonore dont les enregistrements de terrain proviennent de lieux où ont été trouvés des corps de femmes assassinées – deux œuvres qui renvoient directement à la violence faite aux femmes, à l’inaction ou à l’indifférence de la police, et à notre propre histoire en ce qui a trait aux femmes autochtones tuées ou disparues. Autre œuvre puissante, En el Aire [Dans l’air] est un alliage troublant d’élégance et d’horreur ; ici, des bulles de savon produites à l’aide d’un mélange d’eaux récupérées des morgues après le nettoyage des cadavres, créent un jet délicat qui descend du plafond. « Chaque bulle qui éclate en touchant le sol est un corps, dit Margolles, nous rappelant que nous sommes des témoins. »

Seront également présentées 36 Cuerpos [36 Corps], un cordon lourd de sens parcourant l’entièreté d’une salle ; Mundos [Mondes], une enseigne au néon bourdonnante, récupérée d’un ancien bar, qui prête son titre à celui de l’exposition ; trois œuvres vidéographiques ainsi qu’une série photographique récente, Pistas de Baile [Pistes de danse], montrant des travailleuses de sexe transgenre occupant chacune ce qu’il reste de pistes de danse de discothèques et de boîtes de nuit aujourd’hui démolies, « comme pour affirmer leur résistance au cœur de la violence et de la destruction », commente Margolles.

À la fois sobre et d’une force émotive désarmante, l’œuvre de Teresa Margolles nous introduit à l’univers de gens dont les vies étaient jusque-là invisibles.

Biographie
Teresa Margolles est née en 1963 à Culiacán, dans l’État de Sinaloa, dans le Nord-Ouest du Mexique. Elle a étudié les beaux-arts, les communications et la médecine légale. Au début des années 1990, à la Universidad Nacional Autónoma de México, elle a contribué à la fondation du collectif de performance SEMEFO ; par la suite, elle a œuvré à titre indépendant. En 2009, elle a représenté le Mexique à la 53e Biennale de Venise et a participé à plusieurs autres biennales et expositions internationales, en plus de nombreuses expositions individuelles et collectives, notamment au Mexique, aux États-Unis et dans d’autres pays en Amérique latine et en Europe. Margolles est la lauréate de maintes récompenses, dont en 2012, le prix Prince Claus reçu aux Pays-Bas «pour avoir créé des œuvres puissantes qui attirent l’attention vers la violence, la pauvreté et l’aliénation de la société» et l’Artes Mundi reçu à Cardiff, le prix le plus prestigieux du Royaume-Uni décerné à un artiste militant en faveur de « la condition humaine, la réalité sociale et l’expérience vécue ».

Commissariat
Les co-commissaires de l’exposition sont John Zeppetelli, directeur général et conservateur en chef du MAC, et Emeren García, responsable des expositions itinérantes au MAC.

Catalogue
L’exposition est accompagnée d’un catalogue bilingue, avec des textes de John Zeppetelli, Thérèse St-Gelais, Jean-Philippe Uzel et Lulu Morales Mendoza. Abondamment illustré, il comprendra également des vues d’installation de l’exposition au Musée d’art contemporain de Montréal. Ce catalogue sera disponible à compter d’avril 2017.

EMANUEL LICHA : LE RÉEL ET LE CONSTRUIT

L’exposition Et maintenant regardez cette machine, une réflexion sur ce que l’artiste québécois Emanuel Licha qualifie de « hotel de guerre », se penche sur la fabrication, l’analyse et la diffusion des images de guerre. L’exposition comprend un documentaire de création d’une heure intitulé Hotel Machine, filmé dans des hôtels où ont logé des correspondants de guerre qui ont couvert des conflits à Belgrade, Beyrouth, Gaza, Kiev et Sarajevo. Entourant l’espace central où ce film est projeté, cinq postes d’archives – réunissant textes, images, publications et images en mouvement – contextualisent les cinq fonctions attribuées par Licha à l’hôtel de guerre : proximité, observation, sécurité, communication et convergence.

En outre, le film de Licha rend hommage au personnel de ces hôtels, allant des femmes de ménage aux gérants, à qui il a donné la parole. Ainsi, c’est à travers leurs expériences, celles de « fixeurs » (traducteurs, interprètes et médiateurs locaux du correspondant de guerre) et de journalistes que les rouages de la « machine hôtel » sont mis en lumière. Licha s’intéresse ainsi aux rôles joués par les gens, les lieux et les modes de reportage pour procéder à une interrogation de la représentation médiatique des conflits actuels. Comme il l’écrit, « l’hôtel de guerre fait partie intégrante du conflit en conditionnant la façon dont celui-ci est vu et représenté ».

Une pluralité de voix se fait entendre dans l’espace de l’exposition, amenant le spectateur à se questionner sur ce qui est réel et ce qui est construit dans le film.
̶ 
Lesley Johnstone, chef des expositions et de l’éducation du MAC

L’exposition Emanuel Licha : Et maintenant regardez cette machine est présentée en tournée dans plusieurs villes au Canada. Organisée et mise en circulation par le MAC, cette exposition itinérante est financée en partie par le gouvernement du Canada.

Biographie
Artiste et cinéaste, Emanuel Licha a d’abord été formé à la géographie urbaine, formation qui sous-tend en partie son travail en arts visuels. Il s’intéresse aux rôles des objets dans la représentation et la compréhension d’événements géopolitiques, ce qui le mène à envisager les éléments du paysage urbain comme autant d’indices sociaux, historiques et politiques. L’artiste détient un doctorat en cultures visuelles du Centre for Research Architecture, Goldsmiths, University of London et est maître de conférences en arts visuels et cinéma à l’École nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette et professeur invité à l’Université du Québec à Montréal (2015-2017). Ses projets récents questionnent les moyens utilisés pour observer des événements violents et traumatiques, et en témoigner. Son travail a été montré, entre autres, dans les institutions suivantes : Centre Culturel Canadien, Paris ; Careof, Milan ; NGBK, Berlin ; MACBA, Barcelone ; Musée des beaux-arts de l’Ontario, Toronto ; Parsons The New School for Design, New York ; Israeli Center for Digital Art, Holon ; Ex Teresa Arte Actual, Mexico. Parmi ses dernières expositions personnelles au Québec, mentionnons celles présentées au Musée régional de Rimouski, ainsi qu’à la Galerie SBC et à la Galerie B-312, à Montréal. Ses films ont été projetés dans de nombreux festivals internationaux, dont le Festival international du film de Rotterdam, IndieLisboa et Cinéma du réel.

Commissariat
La commissaire de l’exposition est Lesley Johnstone, chef des expositions et de l’éducation au MAC.

Catalogue
L’exposition est accompagnée d’un catalogue bilingue de 148 pages, abondamment illustré, avec des textes de John Zeppetelli, Lesley Johnstone, Volker Pantenburg, Susan Schuppli, ainsi que de l’artiste. Ce catalogue est disponible à la Boutique du MAC au coût de 29,95 $.

Remerciements

Le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) est une société d’État subventionnée par le ministère de la Culture et des Communications du Québec et il bénéficie de la participation financière du ministère du Patrimoine canadien et du Conseil des arts du Canada. Le MAC remercie également ses partenaires Loto-Québec et Ubisoft Montréal. Le Musée remercie aussi sincèrement Phyllis Lambert, Lillian Mauer, Sarah McCutcheon Greiche et Erin Slater Battat pour leur soutien dans le cadre de la présentation de l’exposition Teresa Margolles : Mundos.

Musée d’art contemporain de Montréal

Situé au cœur du Quartier des spectacles, le Musée d’art contemporain de Montréal fait vibrer l’art actuel au centre de la vie montréalaise et québécoise. Lieu vivant, le MAC assure, depuis plus de cinquante ans, la rencontre entre les artistes locaux et internationaux, leurs œuvres et un public toujours plus vaste ; lieu de découvertes, le Musée propose aux visiteurs des expériences sans cesse renouvelées, souvent inattendues et saisissantes. Le MAC présente des expositions temporaires consacrées à des artistes actuels – pertinents et marquants – qui sont des témoins privilégiés de notre société, de même que des expositions d’œuvres puisées dans la riche Collection permanente qu’abrite l’institution. Ici, toutes les formes d’expression sont possibles : œuvres numériques et sonores, installations, peintures, sculptures, œuvres immatérielles, et autres. Offrant un éventail d’activités éducatives qui familiarisent le grand public avec l’art contemporain, le MAC est aussi l’instigateur de performances artistiques uniques et d’événements festifs. Voilà une fenêtre ouverte sur mille expressions d’avant-garde qui font rayonner l’art dans la ville et dans le monde.