Pour sa première exposition individuelle en Amérique du Nord, l’artiste australienne Angelica Mesiti propose deux œuvres sous le thème de la musique.

D’abord, l’installation vidéo Citizens Band (2012) évoque avec sobriété et finesse la culture musicale de quatre immigrés, deux en Australie et deux en France. Filmées par une caméra sensible, les prestations d’une Camerounaise, d’un Algérien, d’un Mongol et d’un Soudanais captent notre attention par leur dignité et par la richesse inusitée du monde qu’ils transportent jusqu’à nous. Ainsi, ils nous font successivement découvrir une technique traditionnelle de percussion aquatique exécutée par des femmes, des chansons issues de la musique raï, des chants de gorge accompagnés à la viole à tête de cheval ainsi qu’une démonstration de la tradition des grands siffleurs – le tout exécuté dans différents lieux publics ordinaires, allant d’une piscine publique et du métro à Paris jusqu’aux rues de l’Australie. Citizens Band est une ode aux gens qui, malgré l’exil, savent non seulement conserver des liens avec leurs cultures, mais aussi la partager.

La projection vidéo Prepared Piano for Movers (Haussmann) (2012) montre deux déménageurs, chargés d’un piano, en train de gravir l’escalier en spirale d’un immeuble à appartements parisien. Contre toute attente, les deux hommes créent ainsi une partition avant-gardiste, puisque l’instrument a été « préparé » comme l’aurait fait un certain John Cage. Les cordes du piano sont frappées de telle sorte que les mouvements du piano, dans sa lente progression, produisent des sons dissonants et percussifs. La projection à la verticale de la vidéo vient souligner la périlleuse ascension de l’instrument, sur une musique dont l’imprévisibilité souligne les efforts des hommes qui procèdent laborieusement. Cette œuvre de Mesiti met en lumière le savoir-faire des ouvriers du quotidien.