À partir d’une sélection d’oeuvres produites au cours des dix dernières années, dont certaines ont été créées spécialement pour l’occasion, l’exposition Michel de Broin témoigne de l’intérêt porté par l’artiste aux notions de résistance, d’appropriation et de recyclage.

Depuis plus de 20 ans, de Broin développe une pratique artistique au moyen de laquelle il remet en question nos rapports avec les systèmes de toutes sortes. Adoptant une attitude critique mais ludique, il détourne des objets usuels et des idées préconçues afin de mettre en lumière ce qui est à l’oeuvre au sein de notre environnement quotidien et qui guide et encadre nos actions et interactions.

Comme l’a dit l’artiste, « une des prémisses de ma pratique consiste à introduire un élément étranger à l’intérieur d’un système normatif pour voir comment cet agent produit dans son nouveau contexte des réactions inédites1. » Michel de Broin maintient une approche expérimentale où ses oeuvres sont en évolution continue. Le bilan critique proposé ici révèle entre autres l’amalgame effectué entre esquisse préparatoire, oeuvre finie et travail de documentation typique chez lui : une maquette peut être présentée en tant qu’oeuvre en soi ou revoir le jour sous forme de sculpture, de photo, de film, ou apparaître dans une action plus ou moins clandestine dans l’espace public. Ainsi, l’artiste se permet de revisiter ses oeuvres au fil du temps. Dans certains cas, il prépare des nouvelles versions actualisées d’oeuvres déjà présentées. Par exemples, Embrase-moi, 1993-2013, Objet perdu, 2002-2013, et Tenir sans servir c’est résister, 2013, sont réinterprétées pour la présente exposition. Dans d’autres cas, de Broin produit de nouvelles oeuvres inspirées d’oeuvres anciennes, mais en changeant la technique du tout au tout : une oeuvre sculpturale, Pile, 2010, existe aussi en tant qu’oeuvre photographique ; et l’oeuvre photographique Monument post-soviétique, 2004-2006, inspire la sculpture Têtes de pioches, 2013 ; ou encore, avant de devenir une sculpture monumentale, les canons reliés par la bouche de Blowback, 2013, étaient le sujet d’une suite de sérigraphies sur aluminium.

Dans ce sens, l’exposition, ainsi que la publication qui l’accompagne, n’ont pas été conçues comme finalités, mais plutôt comme des étapes qui allaient permettre de revenir sur certaines oeuvres et d’introduire de nouvelles idées. Il fallait y préserver l’aspect expérimental du travail et éviter de mettre les oeuvres sous vide. Le Musée, en tant que structure ou — pour reprendre la terminologie de l’artiste — système, participe à la création des « réactions inédites », voire imprévues au coeur des préoccupations de l’artiste. 

En plus d’avoir exposé son travail en Europe, aux États-Unis et au Canada, Michel de Broin qui vit et travaille à Montréal, a présenté d’importants projets (permanents et temporaires) conçus pour l’espace public tels que Majestic (La Nouvelle-Orléans, 2011), Révolution (Rennes, 2010), La Maîtresse de la tour Eiffel (Paris, 2009), Overflow (Nuit Blanche, Toronto, 2008), Encerclement (Scape Biennial, à Christchurch, en Nouvelle-Zélande, 2006), Shared Propulsion Car (Exit Art, New York, 2005 / Mercer Union, 2007) et Révolutions (Collection de la Ville de Montréal, parc Maisonneuve-Cartier, 2003).


1. Cité par Gilles Daignault, « Leçons buissonnières », Artefact 2001 : Sculptures urbaines, Centre de diffusion 3D, Montréal, 2001, p. 36.