| | | |
La Collection : quelques installations
du 28 février au 4 octobre 2009

Christine Davis, Adad Hannah, Franz West

Franz West, Chameleon, 2004. Collection du Musée d’art contemporain de Montréal. Photo : Avec l’aimable permission de la Galeria Juana de Aizpuru, Madrid

Christine Davis, Not I / Pas moi, 2006-2007. Collection du Musée d’art contemporain de Montréal. Photo : Avec l’aimable permission de l’artiste

Adad Hannah, Cuba Still (Remake), 2005. Collection du Musée d’art contemporain de Montréal. Photo : Avec l’aimable permission de Pierre-François Ouellette art contemporain

Comptant maintenant près de 7 500 œuvres réalisées principalement entre 1939 et aujourd’hui, la Collection du Musée compose un portrait convaincant des principales tendances de l’art contemporain. Si elle représente avec force la peinture, l’estampe, le dessin, la sculpture et la photographie, elle n’en comporte pas moins un important volet consacré à l’art de l’installation, réunissant des œuvres exemplaires d’artistes qui ont su imposer des visions alliant le personnel et l’universel.   

Mentionnons notamment les Bill Viola, Gary Hill, James Turrell, Louise Bourgeois, Christian Boltanski, Thomas Hirschhorn, Geneviève Cadieux, Barbara Steinman, Marcel Dzama. Maintenant sa politique dynamique de présentation des collections par roulement — manque d’espace d’exposition oblige —, le Musée propose cette fois trois installations majeures acquises au cours des deux dernières années : Not I / pas moi (2006-2007), de Christine Davis, Cuba Still (Remake) (2005), de Adad Hannah, et Chameleon (2004), de Franz West. C’est l’objet de l’exposition La Collection : quelques installations.   

Franz West est né en 1947 à Vienne, où il vit et travaille. Il propose depuis le début des années 1970 des travaux de sculpture et d’installation où prédominent l’objet familier et l’élément mobilier investis de leur dimension archétype. La chaise, la table, le fauteuil, le divan, le lit, le tapis, les tissus de revêtement… deviennent tour à tour le support d’une réflexion critique, provocatrice et volontiers insolente, sur la nature et la portée du geste artistique. Dans Chameleon, West a recours à l’une de ses stratégies préférées, celle de masquer le caractère utilitaire des objets, en l’occurrence une table ronde et huit chaises. C’est la couleur qui prime au sein cette installation dépouillée : unifiée, elle recouvre les murs, le plateau de la table ainsi que le dossier et le siège de chacune des chaises ; elle varie au gré du choix des responsables de la mise en exposition de l’oeuvre. En exigeant cette intervention de la part du collectionneur ou du musée, West insiste, d’une part, sur l’importance réelle de la couleur par rapport à l’aspect faussement décoratif qui lui est souvent attribué et, d’autre part, il dote cette installation qui conjugue si adroitement peinture et sculpture d’une dimension conceptuelle et existentielle réactualisée à chacune de ses présentations.

Originaire de Vancouver, vivant et travaillant à Toronto, Christine Davis élabore depuis plus de 20 ans une oeuvre originale tissée à même la qualité exceptionnelle d’images projetées sous forme de diapositives, un médium photographique menacé d’obsolescence en cette ère si avide de nouvelles technologies. Les contenus ciblés et les références littéraires s’inscrivent sur des supports matériels dotés d’un caractère relevant souvent du merveilleux : fleurs, plumes, papillons… Dans Not I / pas moi, la projection rythmée et continue d’extraits de textes de Samuel Beckett et de Simone Weil sur un écran suspendu recouvert de boutons « vintage » se reflète sur deux miroirs encadrant (enchâssant) le dit écran. Les séquences de mots sont projetées en alternance en français et en anglais, à l’endroit et à l’envers, et elles deviennent ainsi tour à tour lisibles sur l’écran ou sur les miroirs. La beauté tragique des textes repositionne le spectateur au cœur de sa propre subjectivité, bien qu’il soit sans cesse confronté à la négation du « je » et à l’impossibilité de se souvenir du flot continu d’un dialogue silencieux et puissant.   

Né à New York en 1971, Adad Hannah vit et travaille à Montréal. Dans Cuba Still (Remake), il prolonge en quelque sorte la suite des tableaux vivants, les « Stills », entreprise au début des années 2000. À partir d’une photographie publicitaire d’un film banal et inconnu, achetée à la Havane en 2003, Hannah remet en scène, isolément, pour les besoins d’une captation vidéo, les six personnages de l’image originale. Les six vidéos qui en résultent sont ensuite projetées côte à côte et en simultané, de manière à reconstituer, en une seule image « filmique », la séquence fabriquée des images apparemment immobiles de ces tableaux vivants. Un ingénieux dispositif de projection — six lutrins en bois et un système de caches découpés —, la photographie originale ainsi que des images des six personnages complètent cette installation cristallisant, entre autres, les notions d’instant photographique et de durée, les mérites contrastés de l’image fixe et en mouvement et la nature spécifique de la photographie et du cinéma.    


Visitez-nous!