L’art de Sophie Calle est polyphonique. Empruntant avec une égale pertinence les modes de la photographie, de l’écriture, de la vidéo et de la performance, cette artiste française, parmi les plus importantes de notre époque, propose depuis plus de trente ans des oeuvres singulières et audacieuses, nourries de sa propre histoire, mais aussi de celles des autres. Fusionnant les stratégies de l’enquête, du regard clinique et de la rigueur conceptuelle, elle nous invite à franchir les frontières entre la vie privée et la vie publique. Elle crée et relate des instants de vérité saisissants, empreints des notions de perte, d’absence et de désir.

L’exposition Pour la dernière et pour la première fois propose une réflexion poétique et percutante sur la perte de la vue, à travers la spécificité des images mentales des aveugles, et par la découverte de la beauté et du sublime. Elle réunit deux projets récents : La Dernière Image, 2010, une série de photographies accompagnées de textes, et Voir la mer, 2011, un ensemble de films numériques.

Pour La Dernière Image, Sophie Calle a écrit : « Je suis allée à Istanbul. J’ai rencontré des aveugles qui, pour la plupart, avaient subitement perdu la vue. Je leur ai demandé de me décrire ce qu’ils avaient vu pour la dernière fois. » Pour Voir la mer, elle a rencontré, également à Istanbul, cette ville entourée par la mer, des gens qui ne l’avaient jamais vue. Elle a filmé séparément ces premières rencontres.

Concis, remarquables et bouleversants, ces deux ensembles enchâssent les principaux paramètres d’un projet esthétique de portée universelle. Ils s’inscrivent dans la poursuite de l’œuvre Les Aveugles, réalisée en 1986. Sophie Calle y précise : « J’ai rencontré des gens qui sont nés aveugles. Qui n’ont jamais vu. Je leur ai demandé quelle est pour eux l’image de la beauté. » L’un d’eux a répondu : « La plus belle chose que j’ai vue, c’est la mer, la mer à perte de vue. »

Pour la dernière et pour la première fois a été présentée en 2011 à la 12e Biennale d’Istanbul, au Musée Sakip Sabanci ; puis en 2012 aux Rencontres Internationales de la Photographie  d’Arles, à la Chapelle Saint-Martin du Méjan, et à la Biennale de Shanghai ; plus récemment, en 2013, au Musée d’art contemporain de Hara, à Tokyo.

Sophie Calle a notamment présenté son travail au Castello di Rivoli, Turin en 2014 ; au Isabella Stewart Gardner Museum, Boston, en 2013 ; au Musée d’art moderne Louisiana, Humlebaek, Danemark, et au Palais de Tokyo, Paris, en 2010 ; à la Whitechapel Art Gallery, Londres, et au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, en 2009 ; au Centre Pompidou, Paris, en 2003. Elle a représenté la France lors de la LII Biennale de Venise, en 2007. Ses oeuvres figurent dans les collections suivantes : Musée national d’art moderne – Centre Pompidou, Paris ; Guggenheim Museum, New York ; Tate Gallery, Londres ; Los Angeles County Museum of Art, L. A. ; et Metropolitan Museum of Art, New York.

Josée Bélisle, conservatrice des collections